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mardi 1 novembre 2016

L'Halloween des morts

Je les entends, derrière les volets. Ils rôdent, au hasard. Ils ne peuvent pas savoir que je suis là. J'ai tout barricadé durant la matinée. Je me tiens tranquille. Silencieux. Ça fait des heures que je reste dans les ténèbres, mon fusil à la main. J'attends que la nuit passe. Comme tous les ans.
Quelle idée ai-je eue de m'installer si près du cimetière ? Et d'y rester, même après ces événements impossibles. Cela fait maintenant trois ans qu'ils sortent de leur tombe, la veille de la Toussaint. Comment font-ils pour quitter leur demeure éternelle, le temps d'une soirée, et y retourner ensuite ? Je ne l'ai jamais compris. S'il existait encore des autorités dans ce pays – dans ce monde – sans doute pourraient-elles se pencher sur les causes du phénomène. Mais tout est détruit. Il n'y a plus que des survivants, comme moi, isolés dans des masures, des caves, des égouts...
J'ai une place de choix. Une vraie maison, avec un stock conséquent de provisions. C'est aussi pour ça que je reste si près du cimetière. Le prix à payer est modeste. Un affrontement annuel avec des créatures déjà morte, c'est peu de choses comparé à celui que je livre contre les vivants pour conserver mes biens.
  • Trick or treat !
Bordel ! C'est impossible ! Je n'ai pas bougé de ma chaise. Je n'ai pas toussé, pas éternué. Rien ! Comment peuvent-ils savoir ? Et pourquoi ils parlent anglais ?
J'ai déjà failli y passer l'année dernière. J'incriminais mon imprudence, en visitant les environs après quinze heures. Je vois à présent que cela n'avait rien à voir. Ces saloperies savent que je suis là, dans cette maison...
Les fermetures ne tiendront pas. Elles ne tiennent jamais. Les morts possèdent une force étonnante pour briser le bois, plier le métal. J'imagine sans mal ce qu'ils pourraient me faire.
J'entends un fracas de bois arraché, une fenêtre se briser. Ça y est ! Ils arrivent.
J'ai barricadé mon salon en déplaçant les meubles contre les issues. Cela ne suffira pas. Il me reste trois cartouches en poche, deux dans le fusil. Un peu juste, mais j'ai encore une machette. Et surtout, j'ai trouvé une arme secrète...
  • Trick or treeeeaaaat !
Le canapé vient de gicler jusqu'au fond du salon. La porte cède. Elle vole littéralement en éclats. Trois bouts-de-chou entrent, visage émacié, regard mauvais. Je leur lance un paquet de Dragibus, trouvé dans les ruines d'une supérette. L'un d'eux s'agenouille, le prend entre ses mains. Me fixe de ses yeux laiteux.
Et l'abandonne.
Et merde !

J'aurais aimé y croire...